Abdillah Abdillahi Miguil ou la honte nationale du siècle
Le spectacle politique djiboutien vient de franchir le seuil de l’indécence. À l’approche de la présidentielle du 10 avril 2026, l’Union pour la Majorité Présidentielle (UMP) a cru bon de ressusciter une figure que la morale publique aurait dû maintenir dans l’oubli. Abdallah Abdillahi Miguil, propulsé directeur de campagne après une décennie d’absence, s’est fendu d’une interview dans le journal La Nation qui s’apparente à une véritable insulte à l’intelligence des citoyens.
Ce retour d’un « fantôme » du passé, loin de rassurer, expose la déconnexion totale d’un homme qui, depuis son séjours luxueux à l’étranger, ne voit dans le pays qu’un terrain de prédation. Pour masquer son passif sulfureux, Miguil a tout misé sur la mise en scène : déguisement en khamis blanc immaculé — une quête de sainteté désespérée pour qui a les mains sales — et déploiement de Land Cruiser rutilantes. Mais derrière les buffets de samboussas et les sourires de façade, le vide sidérant de son discours trahit un système à bout de souffle.
UN REVENANT AUX MAINS SALES VEUT NOUS DONNER DES LEÇONS.
Un Directeur amnésique face à un bilan fantôme
Dans cet entretien arrangé, aux questions aussi lisses qu’un papier de soie, Miguil joue au « petit malin ». Il multiplie les concepts creux comme la « souveraineté globale » ou la « trajectoire d’émergence », tout en étant incapable de citer une seule des dix priorités du cinquième mandat de son mentor, Ismaïl Omar Guelleh. Avant de lancer des défis à l’opposition ou d’inviter à un « débat d’idées », un véritable stratège se doit de maîtriser le bilan du candidat qu’il sert…. Si ce dernier en possède un!
Or, M. Miguil semble ignorer que durant son absence, le pays s’est transformé en un champ de ruines sociales. Où est la diversification promise alors que 92 % des recettes dépendent encore du seul secteur portuaire? Que sont devenus les projets d’énergie propre quand le prix du kWh à Djibouti reste l’un des plus chers au monde (0,40 USD), étranglant les ménages et provoquant la faillite des PME en série? Comment oser parler de « cohésion territoriale » quand l’accès à l’eau potable reste un luxe pour plus de la moitié des habitants d’Obock et de Dikhil?


Le paradoxe du « Monsieur Propre » aux mains sales
Il faut une dose d’audace criminelle pour que M. Miguil s’érige en garant de la « justice sociale ». Son nom reste indélébilement gravé dans l’histoire des scandales nationaux : celui du détournement des fonds du Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme. Alors qu’il dirigeait le ministère de la Santé, des millions de dollars destinés aux plus vulnérables se sont évaporés.
Dans une nation comme la Chine — pays que M. Miguil affectionne tant pour y avoir résidé — un tel crime contre la santé publique l’aurait conduit devant un peloton d’exécution. À Djibouti, l’impunité fait office de promotion. Son retour sonne comme une menace : le clan ne compte pas se réformer, il compte passer à la vitesse supérieure. Le message est limpide : hier nous volions des millions, demain nous raflerons des milliards sous le couvert d’un nouveau mandat.
L’illusion des IDE : un mécanisme de rente oligarchique
M. Miguil s’enivre du terme « Investissements Directs Étrangers » (IDE) comme s’il s’agissait d’une fin en soi. Rappelons-lui une vérité élémentaire… du B, A, BA : les IDE ne sont utiles que s’ils créent des emplois et améliorent la productivité locale. À Djibouti, les investissements massifs, notamment ceux en provenance de Chine dont Miguil a été l’intermédiaire privilégié pendant une dizaine d’années, n’ont servi qu’à trois choses :
- Endetter le pays jusqu’au cou (la dette frôle les 70 % du PIB).
- Générer des commissions occultes pour les cercles présidentiels.
- Bâtir des infrastructures de béton qui ignorent superbement le chômage des jeunes, lequel stagne à 70 %.
Pendant que Miguil parade en khamis blanc, l’indice de Gini, qui mesure les inégalités, explose. La richesse est confisquée par une infime minorité tandis que 75 % de la population sombre dans la pauvreté. Parler de « prospérité partagée » dans ce contexte relève du sadisme politique.

La fable de la « démocratie ouverte »
Le summum du cynisme est atteint lorsque le directeur de campagne qualifie le cadre électoral djiboutien de « plus ouvert de la région ». C’est une contrevérité flagrante. Même l’Éthiopie voisine, malgré ses tourmentes, tolère plus de dissidence. Avec un score de 23/100 chez Freedom House, Djibouti est un verrouillage hermétique. Inviter l’opposition à débattre tout en maintenant un système de surveillance accrue et une justice aux ordres est une farce tragique.
La continuité du pire
Le choix de Miguil est le symbole d’un régime qui recycle ses démons. Sa rhétorique de la « Vérité Augmentée » n’est qu’un cache-misère pour une propagande visant à étouffer les cris d’une jeunesse sacrifiée. Voter pour cette continuité en 2026, c’est accepter que l’impunité devienne la seule règle de droit. Le 10 avril ne sera pas un choix de « responsabilité historique », mais un test de survie pour un peuple qui refuse de voir son destin bradé par des revenants aux poches profondes comme Miguil et à la conscience légère. La jeunesse djiboutienne, trahie par les promesses brisées de 2021, sait désormais que le changement ne viendra jamais de ceux qui ont fait du détournement de fonds une méthode de gouvernement.
