Le régime Guelleh
Un État en faillite face à la criminalité, à la drogue et à la prostitution
Djibouti, petite nation stratégique du Golfe d’Aden, devrait être un modèle de stabilité et de prospérité grâce à sa position géographique exceptionnelle. Pourtant, sous le long règne d’Ismaïl Omar Guelleh, le pays s’enfonce dans une spirale de délinquance, de trafics et d’impunité. Les autorités, obsédées par la préservation du pouvoir du dictateur et par le placement de fidèles souvent incompétents aux postes clés de la sécurité, ont abandonné la population à son sort.
Je salue le rôle et l’engagement de la gendarmerie face à la montée de la délinquance. Mais il faut aussi avoir le courage de nommer la réalité : si les réseaux criminels prolifèrent aujourd’hui à Djibouti, c’est d’abord parce qu’ils prospèrent sur la faillite de l’État, sur le manque de moyens des forces de sécurité nationale, et sur un climat d’impunité devenu structurel.
La délinquance de rue progresse ouvertement dans les quartiers populaires. Vols, agressions et trafics en tout genre se multiplient, tandis que les forces de l’ordre, sous-équipées et parfois découragées, mènent des opérations ponctuelles sans jamais s’attaquer aux racines du mal. Les véritables têtes des réseaux ne tombent presque jamais. Pourquoi ? Parce que l’impunité règne du sommet de l’État jusqu’aux bas-fonds
“Une explosion de la criminalité ordinaire et organisée”
La délinquance de rue progresse ouvertement dans les quartiers populaires. Vols, agressions et trafics en tout genre se multiplient, tandis que les forces de l’ordre, sous-équipées et parfois découragées, mènent des opérations ponctuelles sans jamais s’attaquer aux racines du mal. Les véritables têtes des réseaux ne tombent presque jamais. Pourquoi ? Parce que l’impunité règne du sommet de l’État jusqu’aux bas-fonds.
Djibouti est devenu un point de transit commode pour le trafic de drogue dans la région de la Corne de l’Afrique. Des allégations récurrentes pointent vers des complicités au plus haut niveau, y compris au sein de cercles proches du pouvoir, dans le trafic de stupéfiants via les voies maritimes. Plutôt que de sécuriser les frontières et les ports avec des professionnels compétents, le régime privilégie la loyauté clanique et familiale. Des incompétents nommés pour leur fidélité à Guelleh occupent des postes stratégiques dans la sécurité, affaiblissant ainsi toute lutte sérieuse contre les narcotrafiquants.


La prostitution, bien que théoriquement illégale, est largement tolérée, particulièrement autour des bars, nightclubs et zones fréquentées par les militaires des bases étrangères (États-Unis, France, Chine, etc.). Des milliers de femmes et de jeunes filles y sont impliquées, souvent dans des conditions d’exploitation. Djibouti figure parmi les pays source, transit et destination pour la traite des êtres humains à des fins sexuelles, avec une réponse gouvernementale jugée insuffisante par les rapports internationaux.
Ici encore, la corruption et le manque de volonté politique protègent les réseaux. Les forces de sécurité, lorsqu’elles interviennent, ciblent souvent les plus vulnérables (les prostituées de rue) plutôt que les proxénètes organisés ou les complices haut placés. Le régime, focalisé sur le contrôle politique, néglige la protection des populations et la formation de véritables professionnels de la lutte contre la traite.
Le cœur du problème réside dans les choix du régime Guelleh. Depuis plus de vingt-cinq ans, l’exécutif consacre l’essentiel de son énergie à museler l’opposition, contrôler les institutions et placer des proches incompétents aux leviers de commande. La sécurité nationale ? Elle est confiée à des fidèles dont la principale qualification est leur loyauté au président, pas leur expertise. Résultat : une chaîne de commandement affaiblie, des moyens mal alloués et une justice aux ordres.
La corruption au sommet – détournement de fonds publics, népotisme, compromissions – constitue la forme la plus grave de criminalité. Elle sape les ressources qui devraient servir à équiper la police, la gendarmerie et la justice. Les enquêtes anti-corruption, quand elles existent, visent surtout les opposants politiques. Quant aux proches du pouvoir, ils bénéficient d’une protection implicite.
Comment prétendre combattre sérieusement le crime quand le pays est devenu, par le signal envoyé d’en haut, un refuge commode pour tous les voyous et repris de justice attirés par l’idée qu’ici, tout se négocie et presque rien ne se paie ?
La lutte contre l’insécurité ne peut pas être crédible si elle s’arrête aux exécutants et ne remonte jamais vers les protecteurs, les commanditaires et les profiteurs de l’impunité. Il y a aujourd’hui urgence à lutter contre toutes les formes de délinquance, sans distinction ni hypocrisie : la délinquance de rue, les réseaux criminels organisés, mais aussi le détournement de deniers publics et la corruption.
La réponse doit être politique avant d’être seulement répressive. Il faut restaurer l’autorité réelle de l’État (et non celle du clan au pouvoir), donner des moyens réels et une formation digne aux forces de sécurité, garantir l’indépendance de la justice, frapper les réseaux à leur tête, créer une véritable chaîne de responsabilité, et engager enfin une lutte sans concession contre la corruption et le détournement de l’argent public.
Car un exécutif qui promeut lui-même l’impunité ne combat pas réellement le crime. Il en prépare le terrain.

Il y a aujourd’hui une urgence à considérer la situation dans sa globalité, plutôt que de poursuivre les conséquences tout en protégeant les causes. Le peuple djiboutien mérite mieux qu’un régime qui sacrifie la sécurité et le développement sur l’autel de la perpétuation d’un pouvoir personnel. Le temps de l’alternance démocratique et d’une gouvernance responsable est venu.
