Djibouti : des logements “sociaux” ou une nouvelle illusion politique

Par-delà les images officielles soigneusement mises en scène, le projet de logements récemment inauguré par le président Ismaïl Omar Guelleh soulève de sérieuses interrogations. Présenté comme une avancée sociale majeure, ce programme financé notamment par l’Arabie saoudite et soutenu par des partenaires chinois s’inscrit dans une longue tradition de projets vitrines dont les bénéfices réels pour la population restent contestés.

Officiellement, plus de 500 logements doivent être construits pour améliorer les conditions de vie des citoyens les plus modestes, dans le cadre d’un financement dépassant 30 millions de dollars. Le discours gouvernemental insiste sur le développement urbain et la cohésion sociale. Pourtant, cette rhétorique masque mal une réalité bien connue : l’écart profond entre annonces politiques et distribution réelle des ressources.

Depuis des années, le régime de Guelleh est accusé par des observateurs et des organisations internationales de fonctionner sur un système de favoritisme, où le pouvoir économique est concentré entre les mains d’un cercle restreint lié au clan présidentiel . Dans ce contexte, il est légitime de douter que ces logements soient attribués de manière transparente et équitable. L’expérience passée suggère plutôt que les bénéficiaires seront, en priorité, des proches du pouvoir — familles, alliés politiques ou membres influents du réseau présidentiel.

Le reste des unités, loin d’être accessibles aux plus démunis, risque d’être commercialisé à des prix inabordables pour la majorité des Djiboutiens. Une stratégie qui transforme un projet supposé social en opportunité économique pour une minorité privilégiée.

Ce projet illustre également une dépendance croissante vis-à-vis des financements étrangers, notamment saoudiens et chinois. Si ces investissements sont présentés comme des partenariats de développement, ils participent aussi à renforcer la stabilité d’un régime critiqué pour son manque d’ouverture démocratique et son contrôle étroit des ressources nationales . En échange, les puissances étrangères consolident leur influence stratégique dans un pays déjà au cœur des rivalités géopolitiques.

Plus largement, ce programme de logements s’inscrit dans un système politique où l’espace démocratique est fortement limité, et où les élections elles-mêmes sont régulièrement contestées pour leur manque de transparence . Dans un tel environnement, l’absence de mécanismes de contrôle indépendants rend presque impossible toute vérification sur la gestion réelle de ces projets.

Ainsi, loin d’être une réponse sincère à la crise du logement, cette initiative apparaît davantage comme un outil de communication politique. Elle permet au pouvoir de projeter une image de modernisation et de progrès, tout en perpétuant un système où les ressources publiques — même financées par des aides internationales — profitent avant tout à une élite.

En définitive, la question n’est pas de savoir combien de logements seront construits, mais qui en bénéficiera réellement. Et sur ce point, l’histoire récente de Djibouti invite à un scepticisme profond.

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