Entre exil et loyauté

OTTAWA — Au cœur de Ottawa, capitale du Canada, une initiative fait scandale dans la diaspora djiboutienne. Une poignée d’individus, qui se présentent souvent comme des exilés politiques ayant fui la répression à Djibouti, prépare une soirée de soutien au président Ismaïl Omar Guelleh, prévue le 28 mars 2026.

Pour de nombreux Djiboutiens vivant au Canada, cette démarche relève d’une hypocrisie politique flagrante.

Car de quoi parle-t-on exactement ? D’un chef d’État qui s’accroche au pouvoir depuis plus de deux décennies et qui se présente aujourd’hui pour un sixième mandat. Un dirigeant qui, selon ses détracteurs, n’a cessé de remodeler les règles du jeu politique à son avantage, notamment en modifiant la Constitution à plusieurs reprises afin d’éliminer les limites de mandats.

“Ottawa : quand certains exilés se transforment en courtisans du dictateur”

Pour les opposants, soutenir un tel système depuis l’étranger revient à légitimer l’autoritarisme qui a poussé tant de Djiboutiens à quitter leur pays.

Les réseaux du régime à l’étranger

Mais le plus choquant pour beaucoup de membres de la diaspora n’est pas seulement le soutien politique. Ce sont les profils de certains organisateurs. Plusieurs d’entre eux se présentent publiquement comme des victimes du régime ou des demandeurs d’asile ayant fui la persécution politique.

Pour les militants démocrates djiboutiens en exil, cette contradiction est difficile à ignorer :
comment prétendre avoir fui un pouvoir oppressif tout en organisant une célébration pour ce même pouvoir?

Les critiques affirment que certains de ces activistes pro-régime seraient liés à des réseaux de clientélisme et de loyauté tribale qui structurent la politique djiboutienne depuis des années. Dans cette logique, la fidélité au pouvoir serait récompensée par des avantages, des opportunités ou des connexions politiques.

Une question morale et politique

Cette situation soulève aussi une question morale pour la diaspora. De nombreux Djiboutiens installés au Canada ont quitté leur pays pour fuir les pressions politiques, les arrestations arbitraires, la marginalisation économique ou les intimidations.

Voir des partisans du régime tenter de transformer Ottawa en vitrine de propagande pour un dirigeant contesté provoque colère et indignation chez ceux qui ont réellement payé le prix de l’opposition.

Ottawa ne doit pas devenir une tribune pour la propagande

Le Canada est un pays qui protège la liberté d’expression et le droit d’asile. Mais pour beaucoup d’opposants djiboutiens, cette liberté ne doit pas être utilisée pour réécrire la réalité politique de Djibouti.

La soirée annoncée du 28 mars risque donc de devenir un symbole : celui d’une diaspora profondément divisée entre ceux qui aspirent à un Djibouti démocratique et ceux qui continuent, même à des milliers de kilomètres, à défendre un système de pouvoir que beaucoup considèrent comme verrouillé et autoritaire.

Dans les jours qui suivront cet événement, une question restera dans l’esprit de nombreux membres de la communauté : qui, dans la diaspora, parle réellement au nom de l’exil et qui parle encore au nom du pouvoir ?

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