Dans les vieilles fables, le loup ne change jamais vraiment de nature. Il peut adoucir sa voix, lisser son pelage et promettre la paix aux moutons, mais au fond de lui demeure toujours le prédateur. C’est cette image qui vient à l’esprit lorsque l’on observe aujourd’hui la campagne de séduction menée par Abdallah Abdullahi Miguil à l’égard de la diaspora djiboutienne.
Depuis des années, des milliers de Djiboutiens ont quitté leur pays. Ils ne sont pas partis par simple goût de l’aventure ou pour chercher une vie plus confortable ailleurs. Beaucoup sont partis pour fuir un système marqué par l’arbitraire, l’abus de pouvoir et la peur. Des familles ont été brisées par des révocations de citoyenneté, des licenciements politiques, des intimidations et, dans certains cas, par des assassinats jamais élucidés. D’autres ont vu leurs carrières détruites parce qu’ils refusaient de se plier au clientélisme ou au tribalisme qui gangrènent l’État.
“Aujourd’hui pourtant, le loup se présente devant les moutons avec un sourire.”
Miguil, représentant fidèle du système mis en place par le président Ismaïl Omar Guelleh, tente de convaincre la diaspora que le régime serait prêt à écouter, à dialoguer, à ouvrir une nouvelle page. Le discours est bien rodé : parler d’unité nationale, appeler au retour des compétences, promettre une place aux Djiboutiens de l’étranger dans la construction du pays.
Mais pour beaucoup de membres de la diaspora, ces paroles résonnent comme celles du loup dans la fable. Car derrière les mots se cache une réalité qu’ils connaissent trop bien.
Comment croire aux promesses lorsque ceux qui ont dénoncé les abus ont été marginalisés ou poussés à l’exil ? Comment parler de réconciliation lorsque des citoyens ont perdu leur nationalité ou leur emploi pour des raisons politiques ? Comment demander confiance à ceux qui ont fui les menaces des escadrons de la mort et les pressions d’un appareil sécuritaire omniprésent?
La diaspora djiboutienne n’est pas un troupeau sans mémoire. Elle porte en elle les histoires de ceux qui ont dû quitter Djibouti pour protéger leur liberté, leur dignité ou parfois simplement leur vie.

Dans cette fable politique contemporaine, le loup espère que les moutons oublieront le passé et se laisseront séduire par un discours apaisant. Mais les moutons ont appris à reconnaître les traces de griffes dans la poussière.
Car la question fondamentale demeure : peut-on réellement demander confiance sans reconnaître les blessures du passé et sans transformer profondément le système qui les a causées?
Tant que ces questions resteront sans réponse, beaucoup dans la diaspora continueront de regarder le loup avec méfiance, se demandant si, derrière les paroles rassurantes, il ne s’agit pas simplement d’une nouvelle tentative pour les ramener dans l’enclos.
Mais la diaspora n’est pas un troupeau naïf.
Elle est composée de femmes et d’hommes qui ont fui un système politique construit sur l’arbitraire, la peur et l’impunité.
Ils ont fui les arrestations arbitraires, les assassinats politiques, les licenciements punitifs, la révocation de citoyenneté utilisée comme arme, et la domination d’un système où le clientélisme et le tribalisme remplacent l’État de droit.
Et maintenant, ceux qui ont participé à ce système voudraient convaincre les victimes de lui faire confiance.
C’est comme si le loup venait expliquer aux moutons qu’il est devenu végétarien.
La diaspora djiboutienne sait que derrière les discours d’unité nationale se cache toujours la même réalité:
un pouvoir verrouillé, des institutions contrôlées, et un président qui a modifié la Constitution à répétition pour prolonger son règne.
Les Djiboutiens de l’étranger ne sont pas partis par caprice.
Ils sont partis parce qu’ils n’avaient plus de place dans un système dominé par la peur et la loyauté clanique.
Aujourd’hui, voir les représentants de ce pouvoir chercher à courtiser cette diaspora relève presque de l’ironie historique.
Car les moutons ont appris une chose depuis longtemps : lorsqu’un loup vient vous parler de paix, il faut regarder ses dents.