Business

le théâtre du mensonge permanent

le théâtre du mensonge permanent
  • PublishedJune 7, 2022

DIKHIL — Il faut cesser de maquiller la réalité derrière des formules prudentes. Ce qui s’est déroulé à Dikhil en 2021, puis rejoué presque à l’identique en 2026, n’a rien d’un exercice démocratique normal. Ce n’est ni un débat, ni un programme, ni même une tentative sérieuse de convaincre. C’est une mise en scène politique répétitive, froide, calculée — un rituel de pouvoir.

Au centre de cette mécanique, une figure inchangée : Ismaïl Omar Guelleh, au pouvoir depuis plus de deux décennies, et dont les discours semblent désormais fonctionner en boucle, indépendamment du réel.

Même décor, mêmes slogans, même dramaturgie. Une foule mobilisée, un langage paternaliste, et surtout — une avalanche de promesses déjà entendues, déjà usées, déjà trahies.

Le recyclage honteux des promesses.

En 2021, les engagements étaient clairs, du moins en apparence :

  • créer des emplois pour la jeunesse
  • développer économiquement la région
  • réduire la pauvreté

Cinq ans plus tard, rien n’a changé — si ce n’est la répétition presque mécanique des mêmes annonces. Aucune évolution du discours. Aucun bilan détaillé. Aucun indicateur crédible. Juste une reconduction pure et simple des promesses initiales.

Ce n’est plus une stratégie politique. C’est une forme de recyclage du vide.

Promettre une fois peut relever de l’engagement.
Promettre deux fois sans résultat relève d’une autre logique : celle du mépris assumé.

Dikhil, simple décor électoral

À chaque cycle électoral, Dikhil devient une scène. On y projette une image : celle d’un pouvoir proche du peuple, attentif, engagé.

Mais cette proximité est éphémère.

Une fois les discours terminés, les projecteurs s’éteignent. Et avec eux, disparaît toute trace d’action concrète. Les promesses ne se traduisent ni en politiques publiques visibles, ni en transformations durables, ni en amélioration mesurable des conditions de vie.

Ce qui reste, c’est un contraste brutal entre la parole et la réalité.

Dikhil n’est pas traitée comme une priorité stratégique.
Elle est utilisée comme un symbole. Un outil de communication politique.

La peur comme outil de diversion

Face à l’absence de résultats tangibles, le discours se déplace. Il ne parle plus de ce qui a été fait, mais de ce qui pourrait menacer.

Les références aux crises régionales, à l’instabilité internationale, à la nécessité de préserver la paix deviennent centrales. Le registre change : de l’espoir, on glisse vers la peur.

Ce déplacement n’est pas anodin. Il permet d’éviter les questions essentielles :

  • pourquoi les mêmes problèmes persistent-ils ?
  • pourquoi les promesses restent-elles sans effet ?

En invoquant un contexte extérieur instable, le pouvoir construit un écran. Un écran derrière lequel disparaît toute responsabilité interne.

Un pouvoir sans bilan

Ce qui caractérise ces discours, ce n’est pas tant leur contenu que leurs omissions.

On n’y trouve :

  • aucun chiffre précis
  • aucune évaluation indépendante
  • aucune reconnaissance d’échec

Le langage est maîtrisé, mais il est creux. Il donne l’impression d’une action continue, d’un progrès constant. Pourtant, rien ne vient étayer cette narration.

Ce silence sur les résultats n’est pas un oubli. C’est une stratégie.

La mécanique de la répétition

Entre 2021 et 2026, la continuité n’est pas seulement politique. Elle est structurelle.

Le même schéma se reproduit :

  • annoncer
  • ne pas rendre compte
  • réannoncer

Ce cycle n’est possible que dans un système où la parole n’est jamais confrontée à des obligations de résultats.

La répétition devient alors une méthode de gouvernance.

Une mise en scène du pouvoir

Au fond, ces discours ne visent pas à informer. Ils visent à maintenir.

Maintenir une image.
Maintenir une autorité.
Maintenir une illusion de mouvement.

Dans cette logique, la promesse remplace l’action, et le discours remplace le bilan.

Une fracture entre parole et réalité

Ce qui se joue à Dikhil dépasse largement le cadre local. C’est l’expression d’un système où la communication politique prend le pas sur la responsabilité.

Un système où l’on parle beaucoup, mais où l’on explique peu.
Où l’on promet souvent, mais où l’on prouve rarement.

Au final, une question demeure, simple mais incontournable : combien de temps encore ce décalage entre les mots et les faits pourra-t-il être ignoré?

Written By
newsjabuuti

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *